Quelques infos sur les demandes de la CPAM pour acceptation de la prise en charge



DOSSIERS et ETUDES

Paru dans le Journal des professionnels de santé de septembre 2003
Un dossier réalisé par Jean-Pierre Toulze, médecin conseil - service médical


1. Situation du problème et enjeux

L'augmentation de la fréquence de l'obésité constitue une situation sanitaire particulièrement préoccupante dans la plupart des pays dits développés, dont la France.

On sait que l'obésité est un facteur aggravant du risque cardio-vasculaire - notamment en ce qui concerne l'hypertension, les maladies coronariennes et cérébro-vasculaires - du diabète de type 2 et de lithiase biliaire. Elle constitue un facteur supplémentaire d'invalidation dans les maladies respiratoires et certaines affections rhumatologiques (coxarthrose par exemple).

En France, le prévalence de l'obésité est de 9% environ chez la femme, de 7 % chez l'homme; l'augmentation de la prévalence chez l'enfant laisse présager que la nécessité d'une prise en charge de l'obésité chez l'adulte ne pourra aller que croissant.

Depuis quelques années, différentes méthodes chirurgicales sont proposées pour un traitement "radical" de l'obésité, suscitant une demande rapidement importante de la part du public :

en 1997, 1700 interventions étaient comptabilisées sur la France entière ; dans un rapport de juin 2001, l'ANAES fait part de 8000 interventions, alors que le chiffre de 10 000 interventions est retenu pour 2001 (données du PMSI : "Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information". Rhône-Alpes est une des régions de France où le plus de gastroplasties sont pratiquées : en 1999, 30 % du nombre national des interventions, alors que la région ne représente que 10 % environ de la population française.


2. Les méthodes chirurgicales

Nous ne ferons que citer les principales interventions pratiquées et en donner les éléments caractéristiques.

Les interventions de réduction des apports par restriction gastrique :
la gastroplastie horizontale par anneau modulable, réalisant un phénomène de sablier; il semble que ce soit le procédé le plus couramment utilisé actuellement.
La gastroplastie verticale (Masson) réalisation, par section-agrafage de l'estomac, d'une petite poche à la partie proximale, calibrée par un anneau fixe.




Les interventions de réduction des apports et de malabsorption :
le court-circuit gastrique ("gastric by-pass" associe la réduction des apports et le principe de diminution de l'absorption : une gastroplastie verticale par section-agrafage est raccordée à une anse en "Y" par une anastomose gastro-jéjunale, court-circuitant ainsi l'estomac.
la gastrectomie en gouttière avec switch duodénal et diversion bilio-pancréatique associe également les 2 principes, en réalisant une gastrectomie longitudinale préservant le duodénum, qui est raccordé à une anse alimentaire, elle-même anastomosée à l'anse bilio-pancréatique.
Il n'entre pas dans notre propos d'établir un "palmarès" des méthodes sommairement décrites ci-dessus ni d'en définir les indications spécifiques.



3. Les indications et contre-indications

Les indications et contre-indications de la chirurgie de l'obésité ont fait l'objet de plusieurs recommandations basées sur les consensus professionnels.

Citons de façon non exhaustive :

les recommandations du congrès mondial de septembre 1998, rédigées par l'AFERO, l'ALFEDIAM, la SNDLF puis reprises après validation par l'ANAES dans son rapport de mai 2000.
Les recommandations du National Heart, Lung and Blood Institute et celles du Scothish Intercollegiate Guideline Network.
Les conférences de consensus des National Institutes of Health nord-américains.

Il en ressort que le traitement chirurgical de l'obésité doit rester une mesure exceptionnelle, à ne décider qu'après échec des autres thérapeutiques médicales, nécessitant en pré comme en post-opératoire une évaluation menée par une équipe pluridisciplinaire.


La chirurgie de l'obésité ne doit être envisagée que dans les cas d'obésité résistant aux prises en charge classiques et exposant à des complications importantes, non contrôlées par une prise en charge médicale bien conduite. L'indice de masse corporelle (IMC) : rapport poids en kg/taille2 en mètre, doit être supérieur à 40 ou à 35 dans le cas de complications ou de co-morbidités menaçant le pronostic vital ou fonctionnel, notamment cardio-vasculaires et métaboliques.

L'indication chirurgicale ne doit être par ailleurs envisagée qu'après une prise en charge médicale bien conduite d'au moins 1 an incluant :

activité physique : augmentation du niveau d'activité physique dans la vie quotidienne et activité "programmée".
Prescription diététique et conseils alimentaires, avec le cas échéant pris en charge des désordres du comportement alimentaire ("grignotage" par exemple).
Éventuellement soutien psychologique voire psychothérapie.
Les indications de la chirurgie de l'obésité selon le rapport de l'ANES peuvent être ainsi résumées :

Obésité morbide : IMC > 40 ou obésité majeure : IMC > 35 associée à des facteurs de comorbidité.
Et

obésité stable ou s'aggravant depuis au moins 5 ans.
Et

échec de la prise en charge médicale pluridisciplinaire depuis 1 an minimum.

Les 3 critères ci-dessus doivent être associés : "et" et non "ou".

Les contre-indications formelles sont les suivantes :

troubles psychotiques, troubles de la personnalité, dépressions sévères non traitées ou non équilibrées malgré le traitement, notamment avec tendances suicidaires.
Alcoolisme, toxicomanie,
endocrinopathies surrénaliennes et thyroïdiennes
maladies évolutives : cancers, maladies inflammatoires et infectieuses…
contre-indications à l'anesthésie générale
troubles moteurs de l'œsophage ou reflux gastro-oesophagien par volumineuse hernie hiatale : contre-indication relative seulement concernant principalement la méthode par anneau.



4. Les conditions médico-réglementaires de prise en charge

La gastroplastie n'est pas inscrite à la Nomenclature des actes professionnels ; elle ne peut de ce fait qu'être cotée par assimilation (article 4-1 des dispositions générales de la nomenclature). La cotation unique retenue, quelque soit le type d'intervention, est KCC 150 - K-ARE 75 acte global ) par assimilation au "traitement chirurgical des anomalies anatomiques ou fonctionnelles de la jonction cardio-oesophagienne ou du diaphragme" , aucun supplément n'est dû pour les interventions pratiquées sous coelioscopie.

Comme tout acte par assimilation, la prise en charge est soumise à entente préalable.

Les référentiels médicaux de prise en charge par l'Assurance Maladie reprennent les principes énoncés dans le rapport de l'ANAES et détaillés plus haut : niveau de l'IMC, prise en charge médicale préalable, etc…

Ainsi le "tarif Interministériel des Prestations Sanitaires (TIPS) relatif à l'implant annulaire pour gastroplastie précise bien que la prise en charge de ce dispositif n'est assurée "qu'après échec des autres thérapeutiques médicales".

Une évaluation préopératoire par une équipe pluridisciplinaire comprenant : un diabétologue ou un spécialiste en nutrition, un psychiatre, le chirurgien et l'anesthésiste, en collaboration avec le médecin traitant, est obligatoire. L'absence de l'avis écrit de ces praticiens conduit au rejet administratif de la demande.

Les litiges sur l'opportunité de l'indication chirurgicale relèvent quant à eux de la procédure d'expertise médicale.

Il faut aussi savoir que certains hôpitaux sont directement reliés avec le médecin conseil chargé dans la région des prises en charge de gastroplastie dans ces cas la (et dans ceux la seulement), vous n'aurez aucune demande a faire : celle-ci se fera automatiquement entre votre chirurgien et la Cpam.





Personnellement, je n’ai pas eu à subir le dur parcours d’acceptation pour la prise en charge!!! Et je dis Ouf!!!


Car c’est stressant pour les gastros... Suivant les CPAM, les acceptations peuvent variées... être refusées, reportées... Et le stress lui grandit..... Mais, il ne faut pas oublier que ces contrôles restent nécessaire car il y a encore pas mal d’abus et donc d’échec (cela reste une pensée personnelle...) Il faut prendre le temps de se renseigner pour savoir si son chirurgien est bon... Ecoutez le bouche à oreille... Cela reste la meilleure pub pour un Bon doc... Et ne pas hésitez à parler avec d’autres personnes qui ont été opérées par ces soins...